
Ce directeur de structure où je donnais des cours et qui me racontait que son équipe pédagogique se questionnait sur ma pédagogie et le management de mes classes. Là où ces enseignants éprouvaient de la difficulté à donner leur cours dans un cadre harmonieux, lors de mes passages, les problèmes de discipline auxquels ils étaient confrontés n’existaient plus pour moi.
J’étais bien prêt à m’accorder un crédit exceptionnel, mais cela aurait été de tomber dans la facilité de l’autocongratulation et d’oublier de rechercher ce que je dégageais ou faisais pour bénéficier de ce "calme".
Les modifications réglementaires pour les diplômes de conseiller funéraire, de maître de cérémonie entraient en vigueur en 2013. Il a fallu créer un cours de management, car ce thème était désormais au programme. Pour faire court, j’ai créé un cours de compréhension de soi. Je me disais : "Comment pouvons-nous comprendre les autres si nous ne nous connaissons pas nous-même ?"
J’ai donc créé une formation dans ce sens. Le moyen par lequel je comptais atteindre mon objectif était de montrer au groupe d’étudiants que la gestion d’une équipe demandait une grande maîtrise de soi, et aussi une grande connaissance de sa propre personnalité.
Ceci signifiait qu’il fallait connaître ce qui nous mettait en position de faiblesse et, partant de cette connaissance, disposer des informations utiles pour ne pas se mettre en péril face à toute personne de l’équipe dans le cadre de la société ou du service dans lequel nous travaillions. Cette connaissance de nous-même pouvait aussi être utile pour comprendre les personnes auxquelles nous avions à faire, pour mieux anticiper leurs réactions.
Encore une fois, mes collègues et détracteurs ont poussé des cris d’orfraie. À les entendre parler, je passais à côté de l’essentiel :
1. Savoir donner des ordres ;
2. Savoir monter un planning ;
3. Savoir contraindre.
Ces désirs sentaient bon le XVIIIe siècle. Ces collègues oubliaient que nous n’étions plus dans la bonne vieille usine du XIXe siècle et si, à l’époque, il était encore possible de faire comprendre à une partie du personnel qu’il était ignare et que le mieux qui pouvait lui arriver était de bien se faire "conduire" par des chefs qui se voulaient cassants… Mes détracteurs avaient-ils compris que le monde avait changé et que peu de personnes acceptaient, aujourd’hui, de se faire "conduire" ainsi ?
De plus, les bouleversements pédagogiques initiés par Rousseau et Condorcet, transformés en buts sociaux par Voltaire et matérialisés par Jules Ferry sous la IIIe République, avaient produit, des années plus tard, des aspirations nouvelles chez les salariés. Les managers ne pouvaient pas l’ignorer, et ces modifications sociales, induites par la formation, étaient réelles.
Les managers devaient désormais aussi savoir :
4. Expliquer et s’expliquer ;
5. Définir des objectifs réalistes ;
6. Initier le changement, etc. ;
7. Connaître leurs propres limites.
Yves Messier
Formateur et consultant auprès des communes
Résonance n° 211 - Janvier 2025
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